À Dun, dans l’Ariège, la quatrième étape du Terram Tour a placé l’accès aux soins au cœur des échanges. Lundi 6 juillet, près d’une quarantaine d’habitants, d’élus, de soignants et de responsables associatifs ont rempli la salle des fêtes de ce village de 657 habitants. Le Tour abordait ici une question que chacun, dans la salle, connaissait de l’intérieur. Pendant deux heures, l’expérience du terrain a éclairé de manière très concrète le constat des difficultés rencontrées pour se soigner en milieu rural, loin des moyennes nationales qui lissent les situations les plus tendues.
Une garde de nuit située à trois quarts d’heure, plusieurs mois d’attente pour consulter un spécialiste, des tournées d’infirmières qui s’allongent à mesure que les cabinets ferment ou des rendez-vous que l’on finit par ne plus prendre : derrière ces situations, plusieurs habitants ont décrit un renoncement silencieux, progressivement installé dans les habitudes. On attend que « ça passe », on reporte un examen, on compose avec un médecin traitant devenu introuvable. Ce renoncement ne fait pas de bruit, et c’est précisément ce qui le rend difficile à mesurer. Il ne figure dans aucune file d’attente, puisqu’il consiste à ne plus s’y inscrire.
La commune elle-même s’est saisie du problème en créant un service d’autopartage, destiné à ceux qui n’ont pas de véhicule, ne peuvent plus conduire ou dépendent d’un proche pour chaque déplacement. Une initiative qui rappelle qu’en ruralité, la santé se joue autant dans les mobilités que dans les cabinets médicaux. Le premier obstacle n’est pas toujours l’absence de soignant, mais la distance qui sépare de lui et le temps, l’argent et l’énergie qu’il faut pour la franchir. Penser l’accès aux soins suppose donc de prendre en compte les déplacements qui le conditionnent et d’aborder la santé comme une question d’aménagement du territoire autant que d’offre médicale.
Florent Pauly, président de l’Association des maires ruraux de France de l’Ariège, a raconté le quotidien des maires, qui portent des maisons de santé, montent des dossiers, négocient l’installation de soignants et se retrouvent souvent en première ligne face aux habitants, sans toujours disposer des moyens ni des leviers correspondant à leurs responsabilités. Élodie Galatoire, directrice de la cellule innovation santé de Bouge ton CoQ, a présenté les dispositifs déployés par l’association pour ramener le soin à proximité, en partant des besoins exprimés localement plutôt que de modèles conçus ailleurs. Victor Delage, fondateur et directeur général de l’Institut Terram, a rappelé que la distance ne produisait pas seulement des retards de prise en charge, mais qu’elle installait aussi chez certains habitants un sentiment d’assignation à résidence, renforçant l’isolement et pouvant peser sur la santé mentale.
Mais les moments les plus forts sont venus de la salle. Patients, aidants, soignants et élus ont partagé leurs expériences : la difficulté d’accompagner un parent âgé à chaque rendez-vous, les journées d’infirmières libérales rythmées par des kilomètres plutôt que par des consultations, la lassitude d’élus qui multiplient les démarches sans garantie de résultat. Les prises de parole se sont répondu, parfois contredites. De ces témoignages a émergé une question simple : que vaut un droit à la santé lorsque son exercice dépend du lieu où l’on vit ?
Le Terram Tour poursuit sa route.


