Dans ce douzième épisode du Son des Territoires, Victor Delage, fondateur et directeur général de l’Institut Terram, reçoit Jean-Laurent Cassely, essayiste et auteur de l’étude La France vue du sol. Quand la géographie des mégots révèle les mutations des territoires.
Ensemble, ils proposent un véritable changement de perspective. Et si, pour comprendre les transformations profondes de nos territoires, il suffisait de baisser les yeux ? Dans notre quotidien, nos espaces publics sont traversés par des flux souvent invisibles : mobilités, pauses, attentes, sociabilités. Ces mouvements discrets façonnent nos villes et nos campagnes bien davantage qu’on ne l’imagine. Pourtant, ces dynamiques se matérialisent parfois dans un objet minuscule, banal, presque ignoré : le mégot de cigarette. À travers cette étude, l’auteur propose une lecture inédite du territoire français. Loin des cartes traditionnelles ou des indicateurs statistiques classiques, il observe les lieux d’accumulation des mégots pour dresser une cartographie des usages réels de l’espace public – tantôt reflet des mobilités quotidiennes, tantôt révélateur de tensions sociales, tantôt indice des nouvelles dynamiques de vie locale. Car derrière ce regard surprenant se cachent des enjeux très concrets : la propreté comme révélateur du degré d’appropriation collective d’un lieu ; des comportements sociaux qui échappent aux stéréotypes habituels et, en filigrane, une invitation à repenser l’action publique à l’approche des élections municipales.
Selon Jean-Laurent Cassely, il suffit parfois de regarder… les mégots par terre pour comprendre comment vit une ville. Résidus minuscules mais omniprésents, ils constituent un indicateur précieux des usages réels de l’espace public et des mutations sociales et territoriales à l’oeuvre. Parce qu’ils sont majoritairement produits hors du domicile, les mégots accompagnent les mobilités, les temps d’attente, de sociabilité, de travail et de loisirs. Son observation permet ainsi de lire la France telle qu’elle est vécue au quotidien.
Jean-Laurent Cassely estime que la propreté apparaît comme un véritable enjeu politique. Elle ne se réduit pas à un problème technique (heures de passage, nombre de corbeilles, fréquence de balayage…) mais interroge directement notre capacité à « faire commun ». Le degré de propreté traduit le degré d’intégration des individus et leur sentiment d’appartenance à un lieu, un site, un quartier, une commune. À l’inverse, la dégradation de l’espace public peut être l’indice d’un désengagement, d’un abandon du commun et le début d’une défiance qui ouvre la voie à des comportements antisociaux plus graves.
Jean-Laurent Cassely, La France vue du sol. Quand la géographie des mégots révèle les mutations des territoires, Institut Terram, janvier 2026.