Dans ce dixième épisode du Son des Territoires, Victor Delage, fondateur et directeur général de l’Institut Terram, reçoit Margaux Tellier-Poulain, responsable de projets santé et protection sociale à l’Institut Montaigne et coauteure du rapport Santé mentale des jeunes de l’Hexagone aux Outre-mer (Mutualité française, Institut Montaigne, Institut Terram), ainsi qu’Helno Eyriey, rapporteur du Conseil économique, social et environnemental pour l’avis Santé mentale et bien être des enfants et des jeunes : un enjeu de société.
Ensemble, ils s’intéressent à un sujet qui marque profondément les parcours de vie d’une partie croissante de la jeunesse française : la santé mentale. Depuis plusieurs années, les indicateurs d’un mal-être diffus se multiplient. De plus en plus de jeunes se déclarent stressés, isolés, anxieux, parfois en perte de sens ou d’élan. Pression scolaire et universitaire, précarités matérielles, incertitude face à l’avenir, crises successives, injonctions sociales et numériques… Autant de facteurs qui se conjuguent et finissent par peser lourd. Mais ce malaise n’est ni uniforme, ni homogène : il varie selon les territoires, l’environnement familial, les ressources locales, l’accès aux soins ou encore les réseaux d’entraide. Pourquoi certains jeunes sont-ils plus vulnérables que d’autres ? Quel rôle jouent les inégalités géographiques, sociales ou numériques ? Et comment agir, à la fois sur les symptômes et sur les causes profondes ? Parler de santé mentale, ce n’est pas seulement parler de thérapie ou de dispositifs de soin : c’est parler de liens, de solidarité et de perspectives. C’est, finalement, redonner aux jeunes la possibilité de se projeter, de respirer et d’espérer.
Selon Margaux Tellier-Poulain, la santé mentale des jeunes traverse l’ensemble du territoire, mais elle ne s’y manifeste pas avec la même intensité, ni ne bénéficie des mêmes ressources. Les chiffres doivent être replacés dans les environnements concrets qui façonnent les expériences de la souffrance psychologique ou psychique : des zones rurales à la la densité des métropoles, des espaces de solitude aux injonctions de l’hyperconnexion, les conditions d’apparition et d’expression de la détresse varient considérablement. Ressources disponibles, normes implicites, accessibilité des dispositifs, exposition au regard social ou encore poids des représentations sont autant de paramètres qui dessinent des trajectoires différenciées de vulnérabilité et de recours. À ce titre, les départements d’outre-mer illustrent avec acuité ces inégalités.
D’après Helno Eyriey, la non-régulation des réseaux sociaux est dangereuse chez les jeunes. Omniprésents dans leur quotidien, ces espaces numériques influencent profondément les représentations, les comportements et les relations sociales. En l’absence de cadres protecteurs, ils exposent les jeunes à une pression constante, à des comparaisons permanentes et à une mise en visibilité accrue du regard des autres. Ces mécanismes tendent à renforcer des fragilités déjà existantes, en accentuant les injonctions à la performance et à la conformité.
Victor Delage, Margaux Tellier-Poulain, Lou Vincent, Santé mentale des jeunes de l’Hexagone aux Outre-mer, Institut Terram, septembre 2025.