À quelques mois de l’élection présidentielle qui se tiendra au printemps 2027, l’Institut Terram dresse une cartographie des municipales, notamment à Marseille. Et souligne la tripolarisation des débats.
Le 22 mars, Benoît Payan, le maire sortant (DVG) de Marseille l’emportait largement face au candidat (RN) Franck Allisio (40,29%), tandis que Martine Vassal (DVD) affichait le pire score de l’histoire de la droite marseillaise (5,35%). À Paris, à l’annonce de ces résultats dans la seconde ville de France, le PS et les écologistes poussaient un ouf de soulagement ; La France insoumise – qui avait fini par se désister – se posait en sauveur de la gauche républicaine ; les partis du centre et de droite faisaient grise mine et le RN pensait aux lendemains à venir. Ces municipales présageaient-elles la présidentielle à venir ?
Alors que les sondages laissent entrevoir un duel Jean-Luc Mélenchon/Marine Le Pen, l’Institut Terram, dans une étude parue ce mois-ci remet les résultats des municipales en perspective. Pendant plusieurs semaines, les chercheurs Céline Colange, géographe au CNRS et Sylvain Manternach, titulaire d’un DEA de géographie et géopolitique de l’Institut français de géopolitique (Université Paris-VIII), ont analysé les résultats des municipales dans les quarante-deux communes les plus peuplées de France, dont Marseille, avec en filigrane une question : les municipales 2026 actent-elles la tripolarisation du paysage politique français ?
« La vie politique française est aujourd’hui structurée autour de trois grands pôles imposés au cours de la précédente décennie : un bloc de gauche du PS à LFI en passant par les écologistes ; un pôle central avec une partie de la droite libérale ; un troisième bloc formé par le Rassemblement national et ses alliés à l’extrême droite , rappellent en préambule les auteurs de l’étude. Cette tripolarisation s’est affirmée avec l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, puis consolidée en 2022 avec l’élimination par deux fois du Parti socialiste et des Républicains dès le premier tour « .
Gauche, bloc central et RN
Les municipales de 2026 apparaissent ainsi pour ces chercheurs comme « un scrutin à l’épreuve de la recomposition nationale ». Et pour les chercheurs, les conclusions sont sans appel. Même si la personnalité du maire a pu parfois l’emporter sur les clivages nationaux, les résultats des municipales dans les 42 villes les plus peuplées confirment la tripolarisation de la vie politique entre la gauche, le bloc central et le Rassemblement national, y compris au niveau local, dessinant par là même les contours des équilibres qui pourraient structurer la présidentielle.
Premier enseignement, si à Marseille, la liste d’union de la droite et du centre s’est effondrée, il n’en est rien au niveau national. La droite (LR et divers droite) demeure « la première force municipale du pays », conservant près de quatre communes sur dix malgré un léger recul (Aix-en-Provence, Angers, Argenteuil, etc.). « Le bloc central progresse sensiblement, sans que cela traduise seulement les succès du macronisme, ajoutent les chercheurs. Cette progression reflète aussi les recompositions internes de la droite modérée, dont une partie s’est ralliée à Horizons, et la proximité ancienne entre centre et droite dans les exécutifs municipaux. »
Deuxième enseignement, la gauche (PS, Écologistes, PC, LFI et divers gauche), même si elle a gagné à Marseille et dans plusieurs grandes villes (Lyon, Amiens, Dijon, Le Mans, etc.), enregistre de moins bons scores qu’en 2014, passant de 31,3% à 24,9% des communes concernées.
Enfin, si l’extrême droite reste quantitativement peu implantée, elle tisse sa toile et dirige maintenant deux grandes villes, Perpignan et Nice, ce qui « témoigne de son entrée progressive dans le paysage municipal « .Partout, et Marseille en est l’exemple parfait, le RN et son allié l’UDR ont progressé et profité des municipales » pour montrer leur capacité à peser dans le jeu politique local ». LFI, qui comme le RN ne s’est longtemps intéressé qu’à l’élection reine de la présidentielle, a lui aussi profité des municipales pour exister localement, même si à Marseille le candidat Sébastien Delogu est loin d’avoir réussi son pari (arrivé 4e avec 11,94% des suffrages exprimés).
« À un an de l’élection présidentielle de 2027, les municipales offrent la dernière photographie électorale d’ampleur avant ce scrutin, résument les deux chercheurs. L’analyse des rapports de force à l’échelle des grandes villes, où la tripolarisation politique française s’exprime avec le plus de netteté, y prend une portée qui excède le seul cadre local « . Il y a quelques jours, l’ex Premier ministre (Modem) François Bayrou a appelé les macronistes, la droite, mais aussi les sociaux-démocrates à se ranger pour la présidentielle derrière un seul candidat, seule option à ses yeux pour contrer le duel Jean-Luc Mélenchon/Marine Le Pen.