«Nous avons encore une base industrielle solide» : pourquoi réindustrialiser est un impératif pour les territoires

Dans Le Figaro, un article revient sur l’étude de Nicolas Portier publiée par l’Institut Terram et ses propositions pour relancer la réindustrialisation. Il met en lumière la nécessité d’un ministère de l’Industrie de plein exercice, d’une coopération renforcée avec les collectivités et du développement de parcs industriels pour soutenir le tissu productif des territoires.

Selon l’institut Terram, un groupe de réflexion dédié à l’étude des territoires sous toutes ses facettes, les politiques ne doivent pas être pensées exclusivement en termes d’ouvertures d’usine.

La réindustrialisation marque le pas. Des usines ferment, des plans sociaux sont décidés et les entreprises reportent leurs investissements. Environ 20.000 emplois manufacturiers ont disparu en solde net en 2025 et 179 sites industriels ont fermé, alors que seulement 116 sont sortis de terre. Mais alors que la croissance faiblit et que le monde économique attend le résultat de la présidentielle sans se faire trop d’illusions sur les marges de manœuvre du futur gouvernement, quand bien même celui-ci serait “probusiness”, certains spécialistes de la question industrielle refusent de sombrer dans le déclinisme. “Nous avons encore une base industrielle solide. Oui, il y a des vents contraires, mais il faut continuer d’y croire”, prêche Nicolas Portier, qui publie le rapport “Réindustrialiser : le nouvel impératif territorial”, pour l’Institut Terram, un groupe de réflexion dédié à l’étude des territoires sous toutes ses facettes.

Alors que la part de l’industrie manufacturière dans le PIB atteignait encore 16 % en 2000, celle-ci est tombée à 11 % en 2025, rappelle le document. “Le rebond amorcé à partir de 2016 a permis de recréer plus de 130.000 emplois industriels entre 2016 et 2023 et d’enrayer la diminution du nombre de sites, sans toutefois restaurer le poids relatif de l’industrie dans l’économie française”, souligne l’expert indépendant, professeur affilié à l’École urbaine de Sciences Po. Tout en saluant les résultats de la politique menée en faveur de la réindustrialisation ces dernières années, Nicolas Portier encourage à ne plus tant réfléchir en termes de créations d’usine que de territoires propices à l’émergence de nouvelles activités. “La réindustrialisation ne peut plus se résumer à un objectif national exprimé en nombre d’usines ouvertes ou en milliards d’euros investis”, plaide-t-il.

Un ministère de l’Industrie de plein exercice

Pour piloter plus finement la stratégie à l’échelle nationale et locale, Nicolas Portier recommande de faire renaître un ministère de l’Industrie “de plein exercice”, tel qu’il était conçu avant d’être dissous au tournant des années 2000. Celui-ci serait “émancipé du ministère des Finances, dans lequel il s’est effacé jusqu’à disparaître”, rehaussé dans l’ordre protocolaire et doté de ses propres administrations. Il remettrait la main sur les grands programmes d’investissement industriel qui ont été confiés au Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), jugé “trop centralisé”. Placé sous l’autorité du premier ministre et doté d’une enveloppe totale de 54 milliards d’euros, celui-ci assure la cohérence et le suivi du plan de soutien à l’innovation France 2030. Il fait régulièrement l’objet de critiques, notamment de la part de la droite sénatoriale, qui lui reproche un manque de transparence, ce dont Bruno Bonnell, son secrétaire général, s’est toujours défendu. Ce nouveau ministère, débarrassé de son statut de “succursale” de Bercy, serait aussi chargé du volet industriel des questions énergétiques et œuvrerait de manière rapprochée avec ses homologues de l’aménagement du territoire et de la transition écologique.

Il travaillerait “en mode ultra-collaboratif avec l’échelon régional et local”, essentiel mais insuffisamment valorisé, selon Nicolas Portier. “On n’installe pas des usines en six mois, rappelle-t-il. Il faut trouver du foncier, équiper le territoire, ce qui requiert une forte implication des collectivités.” Alors qu’existent aujourd’hui une soixantaine de sites “clé en main”, c’est-à-dire immédiatement disponibles pour accueillir une nouvelle implantation, “il faudrait 250 à 300 parcs industriels pour accompagner notre effort de réindustrialisation”, estime le spécialiste, pour un total de “20.000 à 25.000 hectares de foncier industriel à l’horizon de dix ou quinze ans”. Une telle ambition ne peut être portée efficacement qu’au travers de concertations avec les fédérations industrielles, les régions et les intercommunalités, insiste-t-il.

Relance européenne

À cet égard, le contexte européen peut être favorable à nos bassins industriels, estime l’expert. Souveraineté, aides ciblées, tarifs douaniers, protections, sécurisation des approvisionnements, stockages stratégiques… Ces priorités portées par l’Industrial Accelerator Act, actuellement étudié au Parlement européen, pour une entrée en vigueur courant 2027, pourraient constituer “un levier stratégique de la revitalisation des régions ou microrégions en déprise”, notamment dans le nord et l’est de la France ainsi que sur le pourtour francilien.

Le bénéfice irait bien au-delà de l’activité manufacturière, car, “avec toutes les activités qui les entourent, nos grands groupes industriels représentent 25 % de la valeur ajoutée”, estime Nicolas Portier. Et d’ajouter que, contrairement à certaines idées reçues, l’industrie demeure le moteur économique de centaines de territoires ruraux, de petites et moyennes villes. “Il s’agit d’éviter une concentration excessive des moyens sur quelques très grands projets et de soutenir aussi le tissu productif diffus qui structure de nombreux territoires”, conclut-il.