Les coopératives, atout majeur dans la mutation des territoires

Lors d’un débat organisé par l’Institut Terram, les intervenants ont souligné le rôle des coopératives dans la transformation des territoires. Leur ancrage local, leur contribution à l’emploi et leur vision du temps long en font des partenaires précieux pour les collectivités, notamment dans les transitions alimentaires et énergétiques. Les sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) permettent ainsi de construire des projets communs entre acteurs publics et privés. Ce potentiel reste toutefois freiné par une implantation inégale et un cadre législatif et réglementaire jugé défavorable.

Les coopératives sont étroitement liées à leur territoire. Et elles partagent avec les collectivités une même conception du temps long. Un atout pour les politiques publiques, selon un débat de l’Institut Terram.

Osmose ? Le 13 octobre, à Paris, l’Institut Terram, centre de réflexion consacré aux territoires, organisait un débat sur les liens entre coopératives et territoires. Pour Matthieu Pasquio, directeur général adjoint de La Coopération Agricole, qui réunit les coopératives du secteur, ce lien relève du constat. « Nous sommes le premier employeur privé dans les territoires ruraux », rappelle-t-il, soulignant un rôle des coopératives qui va bien au-delà de l’économie. Toutefois, force est de constater que ce lien n’est pas universel : les coopératives ne sont pas uniformément réparties en France. Historiquement, « Il existe plusieurs clés d’interprétation à l’existence d’un esprit coopératif sur un territoire », analyse Nicolas Portier, professeur associé à Sciences Po. Parmi ces « clés » : l’existence de valeurs et mouvements comme le syndicalisme agricole, le catholicisme social, les traditions autogestionnaires, « des aventures de solidarité, où bien commun et communauté d’intérêt tiennent une place importante ».

Parmi les autres « clés » figure la structure de l’habitat. Paradoxalement, celui dispersé induirait des phénomènes de circulation et d’échanges, alors que celui groupé inciterait à se protéger des voisins. Aux traits originels des territoires, il faut ajouter les spécificités des coopératives pour expliquer le lien entre les deux. « Le modèle des coopératives les encourage fortement à entretenir des relations stratégiques avec leur territoire, notamment du point de vue des compétences, des ressources humaines. En cas de choc, elles vont plutôt arbitrer en faveur de la préservation de ces dernières. (…) L’entreprise contribue à construire le territoire en même temps qu’elle en est le produit », estime Alexeï Tabet, directeur de Telomère Conseil. Bémol : les coopératives dont la taille devient très importante peuvent perdre ces caractéristiques.

Un « interlocuteur du temps long »

Du point de vue des collectivités, attirer des entreprises qui souhaitent véritablement s’ancrer dans le territoire, plutôt que celles qui s’y implantent pour bénéficier d’avantages qui leur sont proposés constitue un « enjeu majeur », estime Alexeï Tabet. « Avoir sur le territoire un interlocuteur qui nous offre du temps long est particulièrement précieux », confirme Christophe Bouillon, président de l’association Petites villes de France, en clôture du débat. En effet, les collectivités font face à la nécessité d’engager les territoires dans des transitions majeures, via des PAT, Projet alimentaire territorial, ou des PCAET, Plan climat air énergie territorial. « Lorsque l’on commence à penser auto-consommation ou partage de l’énergie, ce sont des sujets qui relèvent de la coopérative, et qui répondent à des enjeux auxquels les territoires essayent de répondre », décrit Christophe Bouillon.

À ce titre, les coopératives constituent un « modèle » inspirant et aussi, un possible partenaire pour les collectivités. Les Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC), qui se positionnent sur des enjeux de transition (nouvelles mobilités…), associent différentes catégories de parties prenantes (dont les collectivités locales, qui restent minoritaires), permettant d’élaborer des réponses communes. Le phénomène est « émergent », note Nicolas Portier.

Pour le reste, néanmoins, actuellement, « toutes les évolutions législatives et réglementaires vont à contre-sens » du développement de la place des coopératives à la faveur d’un modèle « sur-financiarisé ». À l’approche des élections présidentielles, « Il faut savoir si l’on continue avec ce modèle ou si l’on rétropédale », conclut le chercheur.