Dans un village, un commerce n’apporte pas seulement du pain, de la presse, des produits alimentaires, de bricolage ou de première nécessité. Au-delà du service rendu, il constitue également un lieu de rencontre et de sociabilité. C’est le constat dressé par Arnaud Brennetot, professeur des universités en géographie politique et en aménagement, dans l’étude de l’Institut Terram intitulée Artisans et commerçants : fabrique de la cohésion en ruralité. Selon l’auteur, les très petites entreprises (TPE) tenues par des commerçants et des artisans, à travers les emplois qu’elles créent et les services qu’elles rendent, « participent au maintien des bourgs et de la vie associative ». Pour autant, leurs dirigeants ne se sentent pas toujours pleinement reconnus. Plus que des aides financières, ils attendent des élus une meilleure visibilité de leur activité, davantage d’écoute et un accompagnement plus concret.
Cette étude prolonge les travaux de l’Institut Terram consacrés à la place économique des TPE en déplaçant le regard des seuls indicateurs d’activité vers l’implication de leurs dirigeants dans la vie locale. Fondée sur une enquête auprès de 893 dirigeants de TPE de moins de dix salariés, complétée par des entretiens avec des élus engagés dans leurs territoires, elle met en lumière une réalité à la fois diverse et encore insuffisamment documentée.
Un marché local parfois trop étroit
Le rapport à la ruralité est nuancé. Si 43 % des dirigeants y voient avant tout une force, 48 % considèrent qu’elle présente à la fois des atouts et des contraintes. Le choix d’implantation relève rarement d’une logique purement économique : 43 % des dirigeants n’ont jamais quitté leur territoire de naissance et 66 % résident dans la même commune que leur entreprise.
Cet ancrage territorial ne les prémunit toutefois pas contre un certain sentiment d’isolement. Plus d’un tiers (34 %) se déclarent isolés, 18 % estiment au contraire être très entourés, tandis que près de la moitié (48 %) se situent dans une position intermédiaire.
Si la disponibilité d’une main-d’œuvre fidèle et la faible concurrence de proximité constituent des atouts, les difficultés de recrutement et l’étroitesse du marché local limitent les perspectives de développement. Les commerçants et artisans ont également le sentiment d’être rapidement délaissés par leurs clients lorsqu’une grande surface propose une offre plus attractive. Ils se savent utiles, mais ont parfois le sentiment de ne l’être que faute d’alternative.
Avec les élus, une relation à renforcer
Les relations avec les habitants et les autres commerçants sont généralement bonnes. Elles apparaissent en revanche plus contrastées avec les pouvoirs publics. Si 72 % des dirigeants se déclarent satisfaits de l’action de leur maire, 55 % estiment que leurs préoccupations sont insuffisamment prises en compte.
Plus de six dirigeants sur dix n’entretiennent aucune relation avec un organisme public de développement économique, contre moins de quatre sur dix parmi les dirigeants de PME. Les élus locaux demeurent néanmoins leurs principaux interlocuteurs : 27 % citent en premier leur maire, 26 % leur intercommunalité, devant les régions (21 %) et l’État ou ses opérateurs (20 %).
Au total, 36 % des dirigeants déclarent ne bénéficier d’aucun soutien. Mais leurs attentes portent moins sur des aides financières que sur un environnement plus favorable à leur activité : une réglementation plus stable, des dispositifs d’accompagnement plus lisibles, un meilleur accès à la commande publique, une concertation régulière sur les projets locaux et un meilleur partage des informations relatives aux cessions et créations d’entreprises.
Les dirigeants de TPE sont pourtant largement investis dans la vie de leur territoire. Près de trois quarts accueillent des stagiaires ou des apprentis (73 %) et soutiennent le tissu associatif local (71 %). En revanche, 43 % reconnaissent ne participer à aucune action de coopération entre entreprises. L’engagement dans la vie publique demeure également limité : parmi ceux qui ne s’investissent pas dans un mandat ou une responsabilité locale, 70 % invoquent le manque de temps et la priorité donnée à leur entreprise.
Malgré ces contraintes, 75 % des dirigeants estiment contribuer activement au dynamisme de leur territoire. Les élus locaux, qui se perçoivent comme des facilitateurs, regrettent pour leur part que leur action reste largement méconnue des dirigeants de TPE.