Elles sont « armées pour absorber les turbulences » : selon cette étude, les coopératives résistent mieux aux crises

Ouest-France met en lumière les enseignements de l’étude de l’Institut Terram consacrée aux coopératives. L’article souligne leur contribution à l’équilibre des territoires et leur capacité à préserver l’emploi face aux crises. Leur ancrage local, leurs réserves impartageables et leur gouvernance démocratique apparaissent comme des facteurs de résilience, malgré un mouvement de concentration susceptible de fragiliser leur proximité avec les territoires.

Dans sa dernière étude, l’Institut Terram a cartographié les coopératives. On y découvre que si ce modèle d’entreprises reste encore marginal en France, ces entreprises n’en sont pas moins utiles à l’équilibre global. Et qu’elles résistent mieux aux crises grâce à leur ancrage territorial, à un meilleur partage de la valeur et en s’inscrivant dans le temps long.

Les coopératives comptent moins de 22 000 établissements, sur 5 millions d’entreprises en France.

Crédit agricole, MAIF, Intersport, Système U, Agrial, Optic 2000… Ces marques sont connues du grand public. Mais on n’identifie pas forcément qu’elles ont un point commun : elles sont toutes des coopératives. Des entreprises qui fonctionnent à partir d’une même règle de base : une personne, une voix. C’est-à-dire que chaque associé dispose d’une voix quel que soit son apport.

Mais si elles sont présentes dans la plupart des secteurs de l’économie française, de la banque à l’agriculture et de l’industrie au commerce, les coopératives sont difficiles à cartographier. Il existe 54 statuts juridiques différents qui correspondent au statut coopératif, mentionne Nadine Levratto, économiste, directrice de recherche au CNRS, qui a piloté la dernière étude de l’Institut Terram sur le sujet.

C’est pourtant ce travail que s’est efforcé de faire ce groupe de réflexion dédié à l’étude et à la valorisation des territoires, s’intéressant aux années 2016, 2019 et 2023.

Moins de 22 000 établissements

On y découvre ainsi qu’au-delà des Scop (Société coopérative et participative), les plus connues, à l’image du verrier Duralex, qui devrait connaître le nom de son repreneur ce mercredi 13 octobre, il y a les SCIC (sociétés coopératives d’intérêt collectif), comme l’opérateur d’autopartage Citiz, les coopératives agricoles, comme Terrena, les coopératives de commerçants, comme E.Leclerc, et d’artisans, comme VST (Vendée Sanitaire Thermique), les coopératives de logement, les coopératives bancaires et financières…

On y découvre aussi que si elles ne sont pas nombreuses – les coopératives comptent moins de 22 000 établissements (N.D.L.R. : sur 5 millions d’entreprises en France) – elles n’en jouent pas moins un rôle majeur, notamment dans l’équilibre des territoires. Car ce sont des entreprises difficiles à céder ou délocaliser, rappelle l’Institut Terram qui souligne que beaucoup sont nées d’un besoin local que le marché ne satisfaisait pas.

L’Institut Terram considère ainsi qu’elles pourraient être un atout pour les territoires les plus fragilisés (Outre-mer, Corse, Centre-Val de Loire et une partie de l’Occitanie) avec un soutien à travers les marchés publics par leurs clauses sociales et environnementales. Mais attention, prévient Nadine Levratto, le phénomène de concentration auquel on assiste pourrait leur faire perdre cet ancrage.

Une présence plus marquée dans certains territoires

L’étude met aussi en avant, une présence plus forte des coopératives dans certaines régions, de l’Ouest, à l’Alsace, en passant par Paris et la vallée du Rhône. Avec deux départements forts, le Rhône et la Loire-Atlantique, qui dépassent chacun 600 établissements coopératifs. Quand la Manche arrive en tête pour les coopératives agricoles, la Marne pour l’industrie, le Bas-Rhin puis le Rhône pour la finance.

L’institut pointe aussi leur intérêt en termes de partage de la valeur, avec un éventail de rémunération plus resserré, à l’exception du secteur agricole, et une rotation du personnel et un absentéisme plus faibles, pour une productivité comparable.

Une meilleure résistance aux crises

Terram constate enfin que les coopératives résistent mieux aux crises que les autres acteurs économiques. Entre 2019 et 2023, le nombre d’établissements a ainsi reculé de 12,2 %, mais l’emploi a continué de progresser de 0,9 % et surtout près de 4 000 emplois ont été créés entre 2020 et 2022 malgré la crise sanitaire.

Terram dévoile aussi que, si l’excédent brut d’exploitation (mesure de la performance opérationnelle) a reculé de 18,8 % sur la période 2016-2019, révélant une dégradation des marges malgré la croissance de l’activité, cet indicateur s’est ensuite fortement redressé entre 2019 et 2023, progressant de 54,8 %.

Les auteurs estiment que cette résilience tient aux réserves impartageables qui sont une caractéristique forte des coopératives. Au moins 15 % dans les Scop, précise Nadine Levratto. Ce qui permet d’être sur le temps long, les coopératives ne s’inscrivant pas dans une logique de maximisation du profit. Cette résilience tiendrait aussi à la gouvernance par les sociétaires. « Leur structure démocratique et collégiale permet une prise de décision plus rapide et plus réactive : les membres étant directement concernés par les enjeux de l’organisation, ils acceptent souvent des arbitrages que les actionnaires d’une entreprise classique refuseraient. » La connaissance fine du territoire et la solidarité entre coopératives seraient aussi des atouts.

L’Institut Terram de conclure : « La coopérative est mieux armée que la firme capitaliste classique pour absorber les turbulences sans se déliter, et tirer parti de la séquence de reconstruction qui suit. »