Pour sa troisième étape, le Terram Tour a rejoint Termes-d’Armagnac, village gersois de 207 habitants. Mercredi 17 juin, la salle des Mousquetaires de la Tour a accueilli une cinquantaine d’habitants, d’élus et d’acteurs du territoire venus partager leur regard sur la condition des femmes en ruralité. Des échanges appuyés sur l’expérience de chacun, autant que sur l’éclairage de l’étude co-écrite par l’Institut Terram et l’association Rura, intitulée « Ce que vivent (vraiment) les femmes rurales ».
Publiée en décembre 2025 et signée par Salomé Berlioux et Félix Assouly, cette étude repose sur une enquête OpinionWay auprès de 5 052 personnes, dont un suréchantillon de 1 016 femmes rurales, complétée par 93 entretiens qualitatifs. Elle s’adresse à une population que le débat public regarde peu : onze millions de femmes, soit un tiers des Françaises, vivant sur plus de 90 % du territoire. Son point de départ est une double critique. Celle, d’abord, des représentations héritées – de la paysanne silencieuse de Zola ou de Millet à la ruralité stylisée des marques contemporaines – qui ont longtemps tenu lieu de connaissance. Celle, ensuite, d’un angle mort des politiques d’égalité, pensées depuis les villes.
À ce sujet, le diagnostic est sans appel : se soigner, faire garder un enfant, l’accompagner à l’école ou accomplir une démarche administrative demande du temps et une organisation, qui reposent d’abord et avant tout sur les femmes. C’est ce que documente l’étude, qui nomme ce phénomène le « malus rural du genre » : si le genre crée l’inégalité, le territoire l’amplifie. Les tâches domestiques et administratives incombent aux femmes dans des proportions comparables partout en France, mais la distance change tout. Huit places de crèche pour cent enfants en ruralité, contre vingt-six en ville ; près de deux femmes rurales sur trois sans accès rapide à des soins adaptés ; des trajets qui reposent sur la voiture et sur celle qui la conduit. Le résultat se lit dans le temps qu’il reste : près d’une femme rurale sur deux dispose de moins de cinq heures par semaine pour elle-même, contre un homme rural sur quatre, un écart deux fois plus large qu’en ville. Il se lit aussi dans les trajectoires professionnelles, plus souvent contraintes par les responsabilités familiales, et dans une sécurité économique plus fragile, notamment en cas de séparation.
La soirée a également rappelé tout ce que les territoires ruraux devaient aux femmes qui y vivent, y travaillent, y entreprennent et font vivre leur tissu associatif et local. Au cœur de ces échanges s’est posée la question de l’accessibilité : celle d’un droit reconnu, mais qui n’est pas toujours à la portée de celles qui devraient pouvoir en disposer. Avoir un droit ne garantit pas qu’on puisse y recourir. D’où les pistes concrètes avancées dans le Gers : mobilité adaptée, formation rapprochée, modes de garde à horaires atypiques, services de santé et d’accompagnement itinérants, protection effective contre les violences.
Autour de la table, Salomé Berlioux, fondatrice et directrice générale de Rura et coautrice de l’étude, Thibault Renaudin, maire de Termes-d’Armagnac et président d’InSite France, ainsi que Félix Assouly, directeur du plaidoyer et de l’influence chez Rura et coauteur de l’étude, ont apporté leurs éclairages et nourri le débat, en confrontant les données de l’enquête à l’expérience d’une commune de 207 habitants.
La rencontre a surtout laissé une large place au dialogue avec le public gersois, venu partager des expériences vécues et faire entendre une parole directe. Ce qui ressort de l’étude – des femmes qui se disent plus isolées – donnait à ce moment d’écoute une portée particulière. Une étape essentielle qui démontre le besoin, pour chaque territoire, de faire exister des espaces d’échanges pour nommer et entendre ces réalités, et qui rappelle que rendre visibles les femmes rurales n’est pas un supplément de discours, mais une condition de l’égalité réelle.
Le Terram Tour poursuit sa route.





