Étape 2 du Terram Tour – La résilience industrielle des territoires

Après une première étape à Arles, le Terram Tour a poursuivi sa route à Nantes. Jeudi 11 juin, plus d’une centaine d’élus, d’industriels, de chercheurs et de citoyens se sont retrouvés pour débattre de la résilience industrielle des territoires. Organisée avec le collectif ACTTIFS, cette deuxième rencontre a donné lieu à des échanges traversés par les inquiétudes d’un secteur fragilisé, mais aussi par la volonté d’identifier les leviers dont disposent encore les territoires. 

Le choix de Nantes n’avait rien d’un hasard. Les Pays de la Loire comptent parmi les régions les plus industrielles de France, et c’est sur ce terrain qu’Anaïs Voy-Gillis, Hugo Lambert et Tristan Méneret ont conduit l’étude de l’Institut Terram « Transition industrielle : du récit national aux territoires stratèges ». Sa thèse a servi de point de départ à la soirée : la réindustrialisation, revenue au premier plan sous l’effet de trois dynamiques – géopolitique, climatique, sociale et territoriale –, se raconte au niveau national comme un projet unifié, alors qu’elle se joue concrètement dans des territoires « sous contrainte ». Comme l’a rappelé Anaïs Voy-Gillis, « la réindustrialisation ne se déploie jamais sur une page blanche » : chaque bassin hérite d’activités, de compétences, d’infrastructures, et bute sur la rareté du foncier, de l’eau, de l’électricité ou de la main-d’œuvre. Les emplois perdus et les emplois créés ne coïncident ni dans l’espace ni dans le temps, ce qui interdit de tenir pour acquise une transition « naturellement gagnant-gagnant ». 

Ces constats ont trouvé un écho immédiat dans la salle. Il a été question des plans sociaux et des désengagements qui fragilisent les bassins industriels, mais aussi de ces entreprises qui continuent à faire vivre les petites villes. Les discussions ont notamment mis en lumière le rôle des entrepreneurs familiaux et de ces « champions cachés » qui constituent des points d’appui bien réels pour les territoires : des PME et des ETI souvent peu visibles, ancrées de longue date, dont la solidité tient autant à leur savoir-faire qu’à leur attachement au lieu. 

Une même question a coloré les échanges de la soirée : comment permettre à un territoire de peser sur ses propres choix productifs ? L’étude propose pour y répondre la figure du « territoire stratège », capable d’anticiper les mutations, d’organiser les coopérations entre acteurs et de sélectionner les projets compatibles avec sa trajectoire productive plutôt que d’accueillir tout ce qui se présente. Autour de ce fil rouge, l’assemblée s’est interrogée sur ce qui peut faire de la résilience industrielle un atout pour un territoire plutôt qu’une contrainte subie, et sur les conditions à réunir pour cela : articulation des politiques industrielles avec la formation, le logement, la mobilité et les services publics ; capacité des collectivités à arbitrer entre des usages concurrents du foncier et des ressources ; dialogue entre élus, chefs d’entreprise et salariés en amont des crises plutôt qu’au moment où elles éclatent. 

La rencontre a réuni autour de la table Anaïs Voy-Gillis, auteure de l’étude, Alain Leboeuf, président du conseil départemental de la Vendée, dont le territoire illustre à bien des égards ce tissu de champions discrets, Nicolas Portier, codirecteur de la chaire PÉPITe et professeur affilié à l’École urbaine de Sciences Po, ainsi que des représentants du collectif ACTTIFS, dont l’expérience de terrain a régulièrement ramené la discussion aux réalités des entreprises et des salariés. Leurs interventions ont nourri un échange exigeant sur la capacité des territoires à reprendre prise sur leur avenir industriel, sans éluder les arbitrages politiques que la transition rend plus aigus qu’elle ne les efface. 

Autour d’eux, les participants nantais ont donné tout son sens à cette deuxième étape. Leurs prises de parole ont rappelé que les grandes questions industrielles se vivaient d’abord dans les bassins d’emploi, auprès des entreprises, des salariés et des habitants directement concernés, et que c’est là, plus que dans les discours nationaux, que se décide la résilience. 

Le Terram Tour poursuit sa route, cap au sud-ouest et au cœur de l’Armagnac. 

derniers événements

Étape 5 du Terram Tour – La démocratie à l’épreuve du local 

Étape 3 du Terram Tour – La condition des femmes en ruralité