Dans les zones rurales, les commerçants, les artisans, les entrepreneurs de la construction, etc., « ont un très fort attachement territorial. Ils ont souvent créé ou repris une entreprise familiale, ont développé sur place leur vie familiale et associative, formant une sorte d’unité entre l’entreprise et la vie personnelle ». Même chez les patrons de TPE qui s’installent à la campagne, « on a des profils très différents mais leur attachement reste très fort ».
L’engagement permet de trouver des solutions
Arnaud Brennetot, professeur de géographie à l’université de Rouen Normandie et spécialiste des idéologies et des politiques territoriales, a dirigé une étude sur le rôle des chefs de petites entreprises dans le monde rural sur la base d’enquêtes menées par l’Institut Terram et Bpifrance Le Lab. Il a épluché les réponses de 893 questionnaires et a mené une vingtaine d’entretiens avec des dirigeants de TPE investis dans la vie locale.
« En termes d’études, il existe assez peu de choses disponibles. Il s’agit d’un coup de projecteur exploratoire », précise-t-il. Son travail montre bien donc « un très fort attachement des dirigeants de TPE à leur territoire, mais en même temps, parfois une forme d’isolement et une difficulté à nouer des partenariats et à dialoguer avec certains acteurs ».
La contrainte du temps est clairement identifiée : difficile d’avoir un engagement local quand on doit déjà consacrer tout son temps à son entreprise. Le sentiment de ne pas être entendu par la sphère politique revient aussi beaucoup dans les questionnaires. La nature du territoire joue aussi beaucoup. Dans les régions rurales très touristiques, « l’accès au foncier » est un réel enjeu et les difficultés de recrutement et de fidélisation des collaborateurs ne sont pas les mêmes en périphérie d’une grande agglomération ou dans une zone en déclin démographique.
Arnaud Brennetot a donc voulu comprendre « ce qui pourrait être envisagé pour lever les freins ». Il a identifié des profils qui permettent de mettre de l’huile dans les rouages. « Il y a des dirigeants qui assument d’occuper un mandat, même si c’est très chronophage et qu’ils y voient des bénéfices. Certains ont d’autres formes d’engagement : animer une association de commerçants, un club d’entreprises ou représenter leur secteur d’activité au niveau départemental, dans des associations de dirigeants de TPE du type Capeb, U2P, etc. Certains vont siéger dans les caisses locales des banques pour les accompagner dans leur réponse aux demandes de financement. » Et quand ces profils n’existent pas, ou peu, ce devrait être aux élus d’aller au contact des TPE.
« Proximité organisée »
L’étude plaide pour la mise en place d’une « proximité organisée » avec des « conseils d’entreprise » qui soient des lieux de rencontre entre élus et entrepreneurs locaux, mais aussi des « chargés de mission » intercommunaux qui iraient à la rencontre des entrepreneurs. Des pistes sont également à explorer au niveau de la commande publique. Leur reconfiguration en plus petits lots pourrait par exemple permettre aux entreprises locales de mieux postuler.