Pizzas, pain, produits fermiers : les distributeurs automatiques sont-ils une chance pour la ruralité ?

De plus en plus présents dans les campagnes, les distributeurs automatiques de pizzas, de pain ou de produits fermiers répondent à une demande croissante de proximité. Mais derrière leur praticité se dessine une question plus large : quel est leur véritable impact sur le commerce local et la vitalité économique des territoires ruraux ? Victor Delage, directeur général de l’Institut Terram, explique les enjeux.

Si les distributeurs automatiques, qu’il s’agisse de pizzas, de pain, de produits fermiers ou d’autres denrées, s’imposent progressivement dans le paysage rural, leur impact sur les territoires demeure largement méconnu.

« Nous disposons de très peu de données chiffrées sur la question, et c’est bien dommage. À ma connaissance, aucun sondage d’opinion n’a été réalisé, alors que les résultats seraient très intéressants », observe Victor Delage, directeur général de l’Institut Terram, un think tank consacré aux enjeux territoriaux.

Une certitude s’impose néanmoins : pour les habitants des territoires concernés, ces distributeurs constituent souvent une réponse concrète à un besoin. « Dans bien des cas, et particulièrement dans le Cantal en raison de sa géographie, un habitant d’un territoire rural parcourt chaque jour une distance bien supérieure à celle d’un habitant d’une zone urbaine : 50 kilomètres contre 38, détaille Victor Delage. Pouvoir aller chercher une pizza à pied et revenir chez soi en dix minutes est infiniment préférable au fait de devoir faire trente minutes de voiture. Il y a un gain de temps, d’argent et de charge mentale considérable. »

Reste à mesurer les conséquences de cette évolution sur l’économie locale et l’équilibre commercial des territoires. « Il est important de ne pas voir les choses de manière caricaturale », insiste Victor Delage, rappelant que les élus locaux ne manifestent généralement pas d’opposition de principe à ces installations. Selon lui, toutes les implantations ne se valent pas.

« Installer un distributeur automatique de pizzas dans un village dépourvu de commerces n’a évidemment pas les mêmes conséquences que son implantation à proximité d’un restaurant déjà en activité. Dans le premier cas, il répond à un manque ; dans le second, le jeu de la concurrence est complètement faussé. » Un distributeur automatique ne supporte en effet pas les mêmes charges qu’un commerce traditionnel.

Une autre distinction essentielle réside dans l’identité de l’exploitant. « Parfois, il s’agit de distributeurs mis en place par des commerçants ou des restaurateurs déjà implantés localement. C’est un moyen d’élargir leur zone de chalandise à moindre coût ou d’étendre leurs horaires de vente. Cela participe à la vie économique du territoire et l’on peut imaginer qu’ils prennent en compte l’environnement immédiat avant de s’implanter », explique Victor Delage.

Il distingue toutefois ces initiatives locales des implantations de réseaux nationaux. « Ces grandes chaînes de distributeurs, venues d’Allemagne où le phénomène est apparu en premier, ont tendance à s’implanter sans forcément se soucier de leurs effets à long terme sur le tissu économique local, estime-t-il. D’ailleurs, il y a déjà eu des cas de distributeurs dégradés ou tagués qui visaient uniquement les installations de grandes enseignes. Cela montre que cette distinction commence à être perçue par les habitants. »