Artisans et commerçants : ces alliés méconnus des maires ruraux

Les artisans et commerçants des territoires ruraux et des petites villes ne se contentent pas de faire vivre l’économie locale : ils participent aussi au maintien des services, au dynamisme associatif et à la cohésion des territoires. Une étude de l’Institut Terram et de Bpifrance Le Lab, menée par le géographe Arnaud Brennetot, invite les collectivités à mieux s’appuyer sur ces très petites entreprises (TPE) pour transformer cette proximité géographique en véritable levier de développement local organisé.

Quelle place peuvent occuper les artisans et les commerçants dans la vitalité des territoires ruraux ? C’est à cette question que répond une étude de l’Institut Terram et de Bpifrance Le Lab intitulée Artisans et commerçants : fabrique de la cohésion en ruralité. Ces entrepreneurs locaux jouent un rôle bien plus large que leur seule activité économique et l’étude montre que des marges de progression existent du côté des collectivités pour mieux les intégrer aux stratégies de développement local. Les auteurs plaident ainsi pour une « proximité organisée » entre élus, entreprises et autres acteurs du territoire.

Un ancrage local revendiqué

Premier constat de cette étude : les artisans et commerçants ruraux entretiennent un lien particulièrement fort avec leur territoire. Pour 43 % des dirigeants interrogés, la ruralité constitue « une force » et, pour un peu moins de la moitié, elle représente à la fois « des atouts et des contraintes ». Seuls 9 % des dirigeants interrogés la considèrent comme « une faiblesse ».

Cet attachement s’explique notamment par leur parcours : 43 % des dirigeants ont grandi sur place sans jamais quitter leur territoire, tandis que 66 % résident dans la commune où leur entreprise est implantée. Comme le résume l’un des dirigeants interrogés : « Quand vous êtes en zone rurale, vous êtes de quelque part. »

Au-delà de leur activité économique, ces dirigeants contribuent également à la vie locale et le revendiquent : 73 % accueillent des stagiaires ou des apprentis et 71 % soutiennent le tissu associatif. Trois dirigeants sur quatre estiment ainsi participer au dynamisme de leur territoire.

Une relation avec les élus sous-exploitée

Pour autant, cet ancrage local ne se traduit pas toujours par une coopération pleinement aboutie avec les collectivités. Selon les auteurs de l’étude, artisans et commerçants entretiennent avec leurs élus locaux des relations paradoxales.

Si 72 % des dirigeants de TPE rurales se déclarent satisfaits de leur maire, plus de la moitié d’entre eux (55 %) estiment néanmoins que leurs préoccupations restent insuffisamment prises en compte. Les auteurs voient dans ce décalage le signe d’un potentiel sous-exploité plutôt que d’une véritable défiance. Les incompréhensions tiennent le plus souvent aux temporalités propres à chacun. Là où les dirigeants doivent prendre rapidement des décisions pour assurer la pérennité de leur entreprise, les élus doivent, eux, composer avec les contraintes de l’action publique et des arbitrages nécessairement plus longs.

Les auteurs relèvent par ailleurs que les responsabilités des différents échelons de collectivités (communes, intercommunalités, régions) en matière de développement économique demeurent parfois mal identifiées par ces petits patrons. Résultat : plus de six dirigeants sur dix déclarent n’entretenir aucune relation avec un organisme public de développement économique et 36 % estiment ne bénéficier d’aucun accompagnement notable.

Faire émerger une « proximité organisée »

Les auteurs de l’étude tirent donc de ce constat un enseignement clair : être voisins ne suffit pas. Pour transformer cette proximité géographique en véritable levier de développement local, les différents acteurs du territoire doivent davantage travailler ensemble et coordonner leurs actions. C’est ce que les auteurs appellent une « proximité organisée ».

À leurs yeux, plusieurs leviers peuvent être mobilisés pour renforcer cette coopération locale. À l’échelle communale, la qualité de la relation directe avec les entrepreneurs demeure un atout majeur. Une visite de terrain ou un interlocuteur clairement identifié peut parfois avoir davantage d’impact que la multiplication des aides financières, souligne l’étude.

Les intercommunalités sont, quant à elles, invitées à renforcer leur rôle d’animation économique, notamment à travers la création de conseils locaux d’entreprises. Les réseaux d’entreprises sont également appelés à mieux mailler les territoires afin de permettre aux entrepreneurs locaux d’accéder plus facilement aux ressources et aux dispositifs d’accompagnement.